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03/04/2005
Journal interrompu de Menahem Mensch
"Mon frère, T.
Mon frère T. est né sourd. Cette infirmité ne l’égara pas, bien au contraire, elle le prédisposa à la foi. Il préféra la solitude et le recueillement des chambres désertes, aux jeux des enfants. A la puberté, il me confia ceci : «Dieu me parlera bientôt. Mes oreilles sont mortes et le silence en moi est suffisant pour que je puisse entendre Sa voix, bientôt.»
Dès lors, il resta assis devant la fenêtre, le regard abîmé, écoutant. Pendant des semaines entières, il repoussa la nourriture, le sommeil, ne parla plus, il écoutait seulement. Mais la voix se refusait à lui. Il entra en mélancolie, commença à déambuler dans sa chambre, parfois se tournait contre un mur et y pressait le front. Les médecins, les spécialistes que nous faisions venir, tous repartaient en secouant lentement la tête ; nous le croyions perdu.
Un jour qu’il était assis à sa fenêtre, il leva les yeux et regarda directement dans le soleil. La plus extrême béatitude passa alors sur son visage
Je l’interrogeai du regard et il me répondit : « C’est un signal diffus qui se répète, et de plus en plus nettement. Je le savais qu’Il me parlerait. C’est mon Seigneur, et il me suffisait de regarder dans la lumière pour qu’Il me donne enfin Sa Voix. »
Pendant deux jours entiers il garda les yeux rivés sur le soleil, ne cillant jamais. Ses traits n’exprimaient que félicité et bonheur.
Le troisième jour, pourtant, nous le découvrîmes prostré. Dans un visage rougi, figé, seuls ses yeux, comme deux petits miroirs givrés, bougeaient. Ses rétines étaient devenues pâles, presque transparentes et criblées de petites tâches rouillées. Il ne cligna pas des paupières lorsque j’approchai ma main.
Voici ce qu’il me confia dans un dernier murmure avant de se taire définitivement :
« Au début ce fut comme le bruissement d’une cascade dans ma tête, puis des notes d’une beauté à ôter la respiration, enfin le signal devint de plus en plus clair et au crépuscule du deuxième jour je pus y décrypter des mots. Cela disait : « Tu te trompes si tu Me cherches dans la lumière parce que Je gis dans les ténèbres » . Regarde mon frère, continua-t-il enfin, maintenant je suis aveugle et Lui, Il reste silencieux... »"
23:45 Publié dans Menahem Mensch | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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