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19/11/2005

Cahier du tachycarde (4)

Guillotine(s)

La France ne pouvait, pour châtier ses bandits, que se doter d’un appareil représentant à plein sa dialectique sociale.

La Révolution française fit accoucher le Citoyen du Sujet. Le Roi étêté, le père de la France mourrait sous les quolibets, son dernier cri enfoncé dans la gorge par des roulements de tambours, et l’obstacle entre le tout nouveau citoyen et sa nouvelle République disparaissait. Le Français pouvait alors commencer à reluquer vers les maternelles mamelles de la République, d’où jaillissent depuis quelques siècles des provendes, devenues quasi-gratuites aujourd’hui. Le lait des subventions, les petits-pots du RMI, les couches de la Sécurité Sociale. Depuis longtemps, le peuple-nourrisson, à l’instar du nouveau-né que l’absence de parole condamne au meuglement, le peuple français vagit en manifestations, et fait grève : c’est à dire qu’il retient le travail, tout comme le fait le très jeune enfant avec ses matières fécales (stade sadique-anal) pour éprouver, vis-à-vis du désir de sa mère, la première puissance vraie de son existence.

Comme rien n’advient qui ne fasse sens, il ne fallait pas s’étonner que la France adopte la guillotine pour trancher le contrat qui la lie au criminel. Le couteau qui tombe le long des glissières cirées tranche moins une tête qu’un cordon ombilical symbolique. Ce faisant, et par le biais d’un exécuteur officiel, la France déclare in petto : toi, qui a m’a trahie, je te chasse de mon sein, je t’expulse de mon ventre et je fais trancher ce qui te retient à moi. L'exécution réclamée par le procureur est déjà un discours précurseur d’indépendance et de liberté : dans la mort, le criminel sera bientôt laissé libre de vivre hors de l’entité maternelle... comme il l’entend.

Commentaires

Et maintenant que la guillotine a été rangée au rayon des accessoires de Grand Guignol, doit-on en conclure que la République serre à nouveau sur son sein généreux tous les criminels possibles et imaginables et par voie de conséquence a elle-même changé de nature et a quitté l'autoroute de la VERTU... Dis-moi qui tu aimes, je te dirais qui tu es...
Bravo néanmoins pour cette note !!!

Ecrit par : CCRIDER | 21/11/2005

Une rumeur tout aussi séduisante qu'effrayante prétend que, sous le rez-de-chaussée du Palais de justice, il est une pièce ovale où repose la machine exécutoire. La rumeur dit surtout qu'elle reçoit des soins réguliers et subit l'épreuve de son tranchant fréquemment afin d'être opérationnelle, huilée et parfaitement mortelle si l'aboliton de la peine capitale venait à être subitement abrogée en France. La République prendrait-elle soin de son couteau ? On sait qu'elle l'abandonna à contre-coeur et bien après que toutes les autres nations européennes eurent démonté leurs gibets.
Je crois donc, cher RIDER, que la République ne serre pas à nouveau le criminel sur un sein où perlerait un lait de paix. Elle le serre, peut-être, mais contrainte et forcée, si l'on peut dire, comme si elle serait de dégoût. Mais en aucun cas elle ne pourra aimer, à la différence de Dieu qui pardonne ceux qui l'offensent, cette entité mi-citoyenne mi-sauvage ou ni citoyene ni sauvage, cet enfant qui n'en est plus un, qui devrait être mort d'être hors d'elle, et qui pourtant vit.

Merci de votre commentaire pertinent...

Ecrit par : blog | 21/11/2005

Vous taillez des pipes ou des croupières? Dommage qu'on ne puisse pas laisser de commentaires sur les messages vieux de plus de trois jours; c'est à un texte de juin que je souhaitais réagir.

Ecrit par : Guillaume | 23/11/2005

A propos de la haine de la beauté, qui n'est qu'un culte impuissant : oui, texte très pertinent. Il y a de dérives grotesques de ce genre chez tous nos bien pensants : haine des jeunes, haine de la communication, haine de la culture dite de masse... Beaucoup d'autres haines...

Ecrit par : sancho | 26/11/2005

L'époque veut l'hygiène; l'hygiène veut la mort de la beauté. Il l'a radicalise pour l'anéantir nous laissant pour monde que des couloirs glauques.

Ecrit par : Thomas P. | 18/12/2005

Il fallait lire bien sûr:

L'époque veut l'hygiène; l'hygiène veut la mort de la beauté. Elle la radicalise pour l'anéantir, nous laissant pour monde que des couloirs glauques.

Ecrit par : Thomas P. | 18/12/2005

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