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26/01/2006

Journal interrompu de Menhaem Mensch

"(...) Tout à l’heure je vois dans la rue, qui marche plein d’allure, une jeune blonde à bonnet rose. Elle allait vivement avec les hanches agiles sous sa veste de taffetas. Elle donnait envie de dire le mot « shopping ». Elle ne vivrait probablement pas plus de cent ans, parce qu’il est dit dans la Bible que la créature humaine n’a que peu de jours à vivre, mais la voilà qui marche comme si l’éternité lui était donnée. Et là, j’ai envie de ronger son os. Je veux dire, je voudrais être elle. Je voudrais avoir une tête légère sous des cheveux blonds et propres que coffre gentiment un bonnet rose. Toute la journée cette ingénue ronge un petit os métaphysique, tout chiche, tout étique. Il paraît qu’elle a des soucis, parfois au milieu de la semaine, mais elle les fait passer avec de l’eau minérale. On me dit qu’elle n’a jamais connu l’heure solennelle où du réservoir sans fond des dépressions, des angoisses, des phobies, de la maladie s’élèvent lentement les monstruosités nées pour chasser le gibier de la raison. Elle pleure pourtant, m’informe quelque ange : je lui caressai la nuque en maintes consolations qu’elle bouda, tandis qu’elle s’épanchait dans des oreillers vermeils, me dit-il. Ceci est arrivé à cause d’une mauvaise phrase lancée par un garçon aux joues glabres. Oui, ce damoiseau à qui elle pense avant les repas lui fit vraiment verser des rus par les yeux. Ma foi ! Je veux bien ses peines, je veux bien ronger son os répondis-je à ce séraphin, mais il découvrit une rangée interminable de petites dents et je voulus croire qu’il souriait. Toi non ! dit-il. Tu mangeras le pain noir de l’agonie et tu ne trouveras jamais le sommeil, c’est ton lot. Tu connaîtras la peur vraie dans la lumière métallique des petits-matins. Tu seras rompu et moulu et écrasé sous la roue de la vie. L’homme né de la femme n’a que peu de jours à vivre, balbutiai-je. Et il doit les vivre dans la peine, me répondit la voix (...)"

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