« 2006-11 | Page d'accueil | 2008-04 »

12/03/2008

Cahier du tachycarde (5)

La bouche qui dévorait la pensée

 

Les blogs sont-ils une monstruosité ? 

Là où l'édition restreignait par principe l'espace de publicité individuelle, la blogosphère prétend la démocratiser dans l'espace infiniment élastique du Web. En effet, les octets ont plus de plasticité que le papier, et on peut y entasser à l’infini toutes les prétentions narcissiques.

Ce déversoir égalitaire a pour prétention d’accueillir toutes les âmes et tous les egos pour la modique somme d’une connexion Internet. Les plus médiocres penseurs des rues peuvent s’y dilater, comme du sang vicié dans un bassin d’eau pure. Les esprits les plus stagnants peuvent y semer leurs chiches idéations et cultiver leur jardin d’herbes sèches. Le mal de reconnaissance, qui est un mal nécessaire pourtant, peut s’y soigner par le truchement des commentaires, autant de lieux où l’auteur des lignes reçoit l’oint de la critique et de la flatterie. 

Paul Virilio disait qu’Internet était l’abolition des dimensions géographiques naturelles. Il ne se trompait pas, mais à l’époque où il travaillait sur son texte, les blogs n’existaient pas. Aujourd’hui, la blogosphère dit autre chose : elle dit qu’Internet est aussi l’abolition de restriction qu’imposait l’édition papier.

La blogosphère est l’étendard d’un monde sans restriction et sans sélection où parler et surcharger l’univers de Soi est plus important que d’écouter et d’embrasser l’Autre. L’image que Houellebecq peine tant à peindre (car je pense que Michel est un épouvantable scribouilleur) pour illustrer notre société, la blogosphère en fait une icône flamboyante. Ce rhizome à l’attaque des espaces infinis, il git exactement là où se réalise l’effondrement du monde occidental.

Le symptôme est bénin, autant que les blogs ne nuiront jamais à personne. Le mien est aussi médiocre que les autres, aussi vain, aussi bavard, je tiens à le dire. Les blogs ne nuiront jamais à personne, ils donneront des petits plaisirs à leurs auteurs, remplaceront avantageusement une thérapie comportementaliste pour d’autres, anesthésieront les affres d’une rupture pour celui-là, les angoisses de cet autre… et pourquoi pas après tout ?

Le symptôme est bénin. Je me fous des blogs. Souvent j’ai même lu du radical, du bon, du dense du vrai sur les blogs, et j’ai regretté que l’auteur n’ait pas travaillé sur papier.

 Le symptôme est de toute innocuité, mais le mal est profond.

Trop de mots, trop de friche…

A l’épuisement…

 

 

11/03/2008

Night

Ne croyez pas qu'on ait jamais le choix.

Il faudrait pouvoir aller jusqu'au bout d'une possibilité, la brûler jusqu'à la mèche, et pouvoir encore revenir en arrière pour décider d'en embrasser une autre.

Moi, il y a trois ans, j'aimais deux femmes. J'en repoussai une. Je me trompai, je ne le savais pas.

 Vous n'avez jamais le choix. Vous vous jetez seulement dans les abysses, et la nuit vous avale. 

Une amie eut l'opportunité de partir en Asie, pour tout reprendre à zéro. Elle hésita, prit l'avion pour Krungthep. Deux mois plus tard, elle était morte.

La nuit est partout, mes amis. Vous n'avez jamais eu le choix. 

Vous aviez pesé le pour et le contre, vous aviez cru pouvoir sonder le gouffre, vous aviez cru pourvoir connaître ses ombres...

Vous n'avez jamais eu le choix, vous avez seulement sauté dans le noir.